bio

Maria Jalibert

 

 

– voit le jour à Castres le jour de la foire aux sifflets.

– passe son enfance à Tournefeuille, en banlieue de Toulouse, où elle fréquente assidument la bibliothèque et le cinéclub du village. Recueille un pigeon dans la cour de l’école et l’élève tendrement.

– en 1989 passe une année à dessiner des gens tous nus dans un atelier rue de la Pomme à Toulouse.

– entre aux Beaux-Arts de Toulouse en 1990 et en ressort vivante cinq ans plus tard.

– en 1991 trouve une arme derrière le radiateur d’un appartement de la rue de l’Homme Armé à Toulouse.

– juillet 1992 : participe à la scène du bal sur le tournage de Ma saison préférée de André Téchiné quai de la Daurade à Toulouse. Hélas la scène ne sera pas retenue au montage.

– apprend les métiers du livre à Bordeaux en 1995 et travaille en librairie.

– s’installe en corrèze et publie son premier album plein d’animaux à plumes et à poils en 1999.

– publication de deux enfants et naissance d’autres albums (ou inversement).

– achat d’une caravane qui deviendra son atelier pendant 3 ans.

– arrive première féminine d’une randonnée solex en Creuse et regrette amèrement de ne pas avoir de cheminée pour exposer la coupe.

– revend sa caravane  et installe son atelier dans un ancien transformateur électrique.

– en 2011 capture une taupe vivante puis décide de la relâcher chez son voisin.

– continue à faire des albums, des illustrations et des affiches.

– été 2012 : est attaquée par une couleuvre cachée derrière le lave-linge.

– range la chambre de ses enfants pour la centième fois et a l’idée d’utiliser leurs jouets pour réaliser un album qui verra le jour en 2013.

– depuis Maria continue à dessiner, à découper, à peindre et à photographier pour ses projets d’albums, illustrations ou affiches. En parallèle elle rencontre les enfants dans les classes et anime des ateliers d’art plastique.

 

photo maria 001 red

 

J’ai connu Maria Jalibert au-dessus d’une salade. Nous nous étions donné rendez-vous pour déjeuner ensemble afin de préparer une rencontre conjointe, où nous devions parler de nos approches respectives du travail d’illustrateur. Je ne me souviens plus très bien de ce que nous nous sommes dit mais, en un clin d’œil, j’étais déjà éperdu d’admiration : Maria, par je ne sais quelle magie, parvenait à bouffer sa laitue sans mettre de la vinaigrette partout.

Ce n’était que le moindre de ses talents, car elle en a de nombreux dont, au contraire d’autres artistes bien moins lotis, elle n’aime guère à faire étalage… Discrète – peut-être un peu trop – elle suit obstinément un drôle de petit bonhomme de chemin commencé à Castres en 1970, un chemin semé de bestiaux alphabétiques, de belles images et d’une multitude de babioles roses, vertes, bleues, jaunes ou dorées chinées ici ou là.

Car Maria voyage. Qu’on lui donne une coquille de noix – par n’importe quelle noix tout de même, Maria aime ses aises – qu’on lui donne, donc, une coquille de noix suffisamment tchernobylesque, et Maria s’y transporte au bout du monde avec armes, bagages et collections, sans oublier bien sûr ni ses deux enfants ni le bahut normand de la tante Léonie.

Car Maria garde tout : non seulement les souvenirs de famille mais encore ceux des autres. Nouvelle Mère Térésa du plastique et du toc, Maria s’est donnée pour mission d’extraire de l’enfer des vide-greniers des milliers et des milliers de ces joujoux sans prestige qui, pourtant, peuplèrent nos enfances bien mieux que poupées de prix : petits soldats revenus invalides des terribles guerres de bacs à sable, jouets Kinder™ un peu perdus sans leur œuf, poupées fariboles, nains scieurs de bûche en chômage, têtes de Titi en rupture de crayon de bois, zèbres à trois pattes tombés d’on ne sait quelle Arche made in China, bagouses à 1 Fr de fête foraine, trucs roses, cheminots au 1/10 000e, araignées de farces et attrapes ou dînettes au bisphénol A, Maria leur offre à tous un toit, une soupe chaude et toute sa considération.

Car Maria est attentive : elle préfère les petits travers aux grandes idées, l’anecdote à la théorie générale, rire d’un rien plutôt que pleurer de tout et mettre en boîte plutôt que sortir de ses gonds.

Car Maria met tout en boîte : les plus beaux paysages tels que décrits par les grands auteurs se retrouvent encadrés de fausses perles, des boîtes de vermicelle accueillent forêts primitives, mers démontées et photos de famille, des vitrines pleines d’yeux embinoclés vous regardent les regarder avec une troublante placidité.

On l’aura compris, Maria Jalibert fait beaucoup de choses. De belles choses magiques, drôles et poétiques dont trop peu de livres ont jusqu’à présent rendu compte et ce sera mon seul reproche.

Yann Fastier – 1er janvier 2013

Pour en savoir plus une interview sur le blog de La Mare aux Mots :

interview Maria Jalibert